Samedi 22 novembre 2008
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La photo était en noir et blanc. Enfin, il me semble. Je serais bien incapable de la décrire, mais je me souviens avoir regardé son visage attentivement. On ne voyait
que son visage. Il était brun, me semble-t-il. Je n’ai pas l’habitude de laisser mon regard s’attarder sur ce genre de photo. Quoique.
La sandwicherie était toute petite. Et la photo se présentait sur notre droite. Rien d’autre sur ce mur. La liste des en-cas apparaissait au fond du réduit, et puis sur un panneau double en carton posé à terre. Cette photo dans cette ruelle. Nous étions le jour, mardi je crois, non jeudi, et c’était aussi bien comme ça. J’ai commandé ce sandwich et des frites, puis j’ai regardé la photo.
Depuis dimanche, personne ne l’avait vu. Il avait disparu. J’ai appris son âge plus tard, vendredi je crois, vingt-deux ans. Disparu à vingt-deux ans. C’était dimanche et ça m’avait frappé. Quatre jours d’absence et déjà on épinglait une photo de lui dans la ruelle, puis dans la rue, sur le boulevard enfin, sans oublier les abri-bus. Quatre jours. Et alors ? Il n’aurait pas été le premier à vouloir se défendre d’une souffrance en prenant la fuite, en posant ses distances. La rupture a des raisons qui peuvent s’entendre. On peut bien supporter cet écart d’un des nôtres qui le rapprochera peut-être de lui.
Il sort de la boîte de nuit. Il laisse ses copains. Il fait encore sombre et il improvise en silence son départ. Il s’efface avant l’aube, avance à pas de velours dans les premières lueurs ; n’inquiète personne encore. Ça viendra.
Il s’absente et on l’affiche. Il fait le mort et on ne sait plus comment faire la vie sans lui. Il existe, tellement fort qu’on vous le montre, qu’on vous le dit. Il manque à notre vie et, comme on hurle l’amour qui nous chavire, on crie en repoussant la douleur qui nous déchire ;la douleur de l’absence, la peur du pire, avant qu’il n’arrive, qu’il interrompe notre vie. Il est là, ici, et là encore (...)
La sandwicherie était toute petite. Et la photo se présentait sur notre droite. Rien d’autre sur ce mur. La liste des en-cas apparaissait au fond du réduit, et puis sur un panneau double en carton posé à terre. Cette photo dans cette ruelle. Nous étions le jour, mardi je crois, non jeudi, et c’était aussi bien comme ça. J’ai commandé ce sandwich et des frites, puis j’ai regardé la photo.
Depuis dimanche, personne ne l’avait vu. Il avait disparu. J’ai appris son âge plus tard, vendredi je crois, vingt-deux ans. Disparu à vingt-deux ans. C’était dimanche et ça m’avait frappé. Quatre jours d’absence et déjà on épinglait une photo de lui dans la ruelle, puis dans la rue, sur le boulevard enfin, sans oublier les abri-bus. Quatre jours. Et alors ? Il n’aurait pas été le premier à vouloir se défendre d’une souffrance en prenant la fuite, en posant ses distances. La rupture a des raisons qui peuvent s’entendre. On peut bien supporter cet écart d’un des nôtres qui le rapprochera peut-être de lui.
Il sort de la boîte de nuit. Il laisse ses copains. Il fait encore sombre et il improvise en silence son départ. Il s’efface avant l’aube, avance à pas de velours dans les premières lueurs ; n’inquiète personne encore. Ça viendra.
Il s’absente et on l’affiche. Il fait le mort et on ne sait plus comment faire la vie sans lui. Il existe, tellement fort qu’on vous le montre, qu’on vous le dit. Il manque à notre vie et, comme on hurle l’amour qui nous chavire, on crie en repoussant la douleur qui nous déchire ;la douleur de l’absence, la peur du pire, avant qu’il n’arrive, qu’il interrompe notre vie. Il est là, ici, et là encore (...)